Layla Fourie, voyage au coeur de la méfiance

Layla_portrait_w858 (1)Après Trop libre et A l’âge d’Ellen, Layla est le troisième long métrage de Pia Marais. Réalisatrice née en Afrique du Sud et résident aujourd’hui en Allemagne, Pia Marais a choisi pour son nouveau film de filmer son pays d’origine en explorant un trait marquant de son état d’esprit: la peur, la paranoïa ambiante. Elle y décrit la méfiance de la société sud-africaine actuelle au travers de l’histoire de Layla Fourie, une mère célibataire en recherche de stabilité professionnelle qui accepte un emploi dans une entreprise de détecteurs de mensonges. Après avoir elle-même passé un test et été jugée suffisamment digne de confiance pour mesurer à son tour la fiabilité des autres, Layla est affectée au recrutement du personnel d’un casino. Sur la route qui la mène vers ce nouveau travail, elle renverse et tue accidentellement un homme. Partagée entre culpabilité et peur d’être séparée de Kane, son fils, Layla décide de garder le silence. Kane, seul témoin de l’accident, sera complice de ce lourd secret.

Le film Layla est le résultat d’un long cheminement. Après avoir réalisé son premier film, Pia Marais a souhaité retrouver le pays de ses racines et explorer la société sud-africaine contemporaine. Avec le soutien de sa productrice, Claudia Steffen, elle développe en 2006 un projet de documentaire sur les déchus de l’après apartheid, ces sud-africains qui après avoir bénéficié de privilèges devaient maintenant composer avec une nouvelle donne. Très vite, et même avant son premier voyage de travail, la réalisatrice se rend compte que le sujet est dépassé, l’Afrique du sud n’en est plus là. Elle ne résiste cependant pas à l’envie de partir, et se concentre une fois sur place sur l’atmosphère de méfiance qui semble caractériser aujourd’hui encore la société, et sur toute l’économie qui s’y appuie. »A l’époque de l’apartheid, l’Etat sud-africain était un Etat policier, et toute cette infrastructure, toute cette mentalité, s’est transférée dans le monde privé, donnant naissance à des entreprises usant des mêmes arguments et travaillant dans la même atmosphère ». Au fil des rencontres avec les acteurs de ce business de la sécurité, elle découvre une entreprise de détecteurs de mensonges, outils très majoritairement utilisés pour des tests d’embauche et même, plus surprenant encore, par des futurs mariés. L’utilisation de cet outil est très loin de la démarche purement policière que la réalisatrice pouvait imaginer, la méfiance est telle que les individus préfèrent se fier à une machine plutôt qu’à leur propre intuition. C’est de ce constat qu’est née son inspiration, et de l’idée qu’il fallait bien trouver des personnes de confiance, d’une honnêteté sois-disant infaillible, pour réaliser ces tests. « C’était de plus une métaphore parfaite de l’ambiance de méfiance dans laquelle ce pays s’était plongé ».

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Coproduction à quatre pays (Pandora Filmproduktion pour l’Allemagne, Spier productions et DV8 Films pour l’Afrique du Sud, Cinéma Defacto pour la France, et Topkapi films pour les Pays-Bas), Layla est un film transnational. L’actrice principale, Rayna Campbel, y ajoute sa nationalité britannique, si cela a pu gêner certains spectateurs sud-africains, la réalisatrice justifie son choix par l’adéquation de l’actrice et du rôle, choix tout aussi justifié a posteriori aux vues de sa prestation: « nous avions fait plusieurs casting en Afrique du Sud, seule une actrice semblait correspondre au personnage mais elle était trop transparence, tout se voyait sur elle, ce qui était gênant pour joueur un rôle qui tourne autour du mensonge. En désespoir de cause nous avons envisagé de faire un casting en Angleterre, du fait de la langue commune et de la coproduction européenne qui se dessinait. On a ainsi vu 400 actrices. Je me suis tout de suite rendu compte que Rayna était quelqu’un qui avait une histoire, et sur qui je pouvais projeter toutes sortes d’ histoires. » L’actrice est venue s’installer en Afrique du Sud en amont du tournage pour se préparer au rôle. « Après quelque temps passés à Johannesburg, elle est devenue mon personnage. Sur le tournage j’ai eu très peu d’indications à lui donner, je me suis contentée de la regarder. J’ai gardé cette même fascination pour elle jusqu’au dernier jour ». Rayna Campbel porte ainsi le film, avec le jeune sud-africain Rapule Hendricks.

Sélectionné lors de la Berlinale 2013, Layla a reçu une mention spéciale du jury. Le film a également été présenté aux festivals d’Amiens et de La Rochelle dans le cadre de la saison sud-africaine en France.

Retrouvez les informations pratiques sur le film, sorti en salle le 26 mars, sur le site Allociné, et une interview de Pia Marais par FilmdeCulte

Propos recueillis lors de la première du film, mercredi 26 mars au Cinéma des cinéastes.

Crédits photo: Jour2fête

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