Retour sur un shack à la ferme

La ferme du bonheur, à Nanterre, a été la semaine dernière le théâtre d’un « shack à la ferme« , un festival de cinéma sud-africain pour le moins original! Le lieu a accueilli les jeunes du collectif de Soweto Eat my dust . Ils y ont notamment construit un shack, petite maison typique des townships, et ont participé à l’animation des projections en plein air. Rencontre jeudi avec Caroline Bustos, présidente de l’association organisatrice Rue du soleil, et Senzo, membre de Eat my dust.

Comment se passe le festival? Quel est votre public?

Caroline Bustos : On a accueilli une centaine de personnes pour la soirée d’ouverture et ce soir on s’attend à en recevoir entre 80 et 100 également. Nous accueillons aussi pas mal de groupes l’après-midi pour visiter le shack, on leur donne rendez-vous ici à la ferme puis on les emmène au shack et on revient pour les projections. On a fait pas mal de publicité sur Nanterre, notamment avec une campagne d’affichage. On a également développé des partenariats avec les associations locales on a organisé des couscous avec les mamans d’une association du quartier, des groupes de jeunes des centres sociaux sont venus visiter … Nous avons aussi tout le petit réseau de la mairie de Nanterre qui vient et qui revient avec du monde. Les familles qui ont accueilli les jeunes de Eat my dust reviennent aussi avec des amis ce soir. Enfin nous avons eu beaucoup de gens mobilisés en amont via mon association, Rue du soleil, nous avons reçu des bénévoles et organisé des réunions en février, mars et avril pour l’organisation, et eux aussi viennent avec leurs amis! Voila, après je crois que Nanterre pour les parisiens ça fait un peu loin… C’est vrai que le fait de finir la projection à minuit – première partie à 21h30 et film à 22h- freine les gens par peur de rater le dernier RER. On a quelques difficultés comme cela. Mais sinon on est ravis!

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Comment s’est passé le festival pour les jeunes de Eat my dust?

C.B: Les jeunes ont beaucoup donné la première semaine dans la construction du shack, c’était un travail physique avec en plus une date butoir -une inauguration étant prévue. On a eu une première semaine assez hard! La deuxième semaine ils ont pu se balader, ils étaient fatigués! Ils ont pu monter au Sacré Coeur mais la descente a été difficile! On a eu aussi pas mal de groupes en journée, on est allés rencontrer les associations… Et on a préparé le gros événement qui a eu lieu le 12 juillet! Cette semaine, après 3 jours off, ils nous accompagnent lors des projections pour présenter leurs films, le festival, leur collectif. Pour savoir ce qu’ils en pensent le mieux est de leur demander!

Senzo (membre de East my dust): La construction du shack était très physique! Nous avons l’habitude d’en construire dans notre communauté, mais en général cela nous prend entre 4 et 5 heures. Celui-ci est plus grand, et il nous a pris 2 jours! Mais j’ai bien aimé, je suis content d’être ici pour le festival.

Senzo, vous faites partie de Eat my dust, vous envisagez de travailler dans le secteur du cinéma plus tard?

Senzo: Oui, j’étudie pour devenir ingénieur du son. Eat my dust nous permet de réaliser des films de A à Z, de l’écriture à la post-production, et de les projeter à notre communauté. C’est une chance!

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Caroline, comment est née l’idée du festival un shack à le ferme? Et le partenariat avec Eat my dust?

C.B: J’ai travaillé à Kliptown pendant longtemps, je fesais du théâtre avec les jeunes du bidonville de Soweto, et j’ai rencontré Delphine de Blic. On a commence Eat my dust en partenariat avec Rue du soleil et une association locale de Soweto, KYP (Kliptown Youth Program). Les ateliers cinéma ont débuté sous la structure de Rue du soleil. Eat my dust était un projet au départ, c’est devenu une association en janvier 2013.

Je suis rentrée en France il y a 2 ans, j’ai continué à garder le lien avec les jeunes et Delphine. J’y suis retournée plusieurs fois depuis, j’y ai également emmené un groupe de jeunes d’Aubervilliers dans le cadre d’un échange avec Eat my dust. L’année dernière nous avons reçu des réalisateurs français dans le cadre de la saison française en Afrique du Sud, Mariane Tardieu, Nicolas Boone, Jordane Chouzenoux, Denis Gaubert. Delphine est une très bonne amie de Roger des Près, le directeur de la Ferme du bonheur, elle souhaitait depuis longtemps faire un festival de cinéma à la ferme du bonheur. On a présenté un dossier à l’IFAS (Institut français d’Afrique du Sud) en décembre dans le cadre de la saison sud-africaine en France. Je me suis occupée de créer un partenariat avec la Ferme du bonheur et après j’ai essayé d’inclure toutes les associations qui gravitent autour de Nanterre: les associations de quartier, le service civic, les jeunes…. Et on a monté le shack a la ferme! Il a fallu monter les dossiers rapidement, tout était à rendre pour fin février. On a eu une première réponse de la saison vers mai-juin, puis des oraux, on ne savait pas trop si ça allait fonctionner…. Et finalement, en juin on a dit eu le feu vert et le budget! Voila comment ça s’est passé. On va continuer à travailler avec East my dust, un projet en appelant un autre. Eat my dust va rester l’association qui s’ occupe de faire des films, et Rue du soleil continuera à leur faciliter les déplacements et les projets à l’extérieur.

Des jeunes d’Aubervilliers sont venus aider East my dust pour la construction du shack, comment s’ est montée cette initiative?

C.B: J’ai été chargée de productions sur Aubervilliers pendant 2 ans, pour le festival Génération court. Ma mission était de suivre 10 jeunes réalisant leurs premiers courts métrages. J’ai fait un petit réseau de jeunes, ils font pas mal de voyages à l’international aussi, on a eu l’opportunité de monter un projet avec Eat my dust en juillet 2012: ils sont partis en Afrique du Sud pour travailler sur une campagne écologique avec les jeunes d’Eat my dust – intervention d’universités, balades dans les bidonvilles, ramassage et nettoyage de déchets. A partir de là et des réflexions qu’on avait eu, Eat my dust a travaillé sur la campagne écologique. Nous, nous sommes rentrés à Aubervilliers avec un documentaire et un film sur la vie a kliptown.

C’est ces gens là que j’ai mobilisé pour un shack a la ferme. Vendredi et samedi nous avons aussi avec eux un « défi shack » qui est de réaliser le plus de films de 1 minute avec le matériel que nous avons à disposition. Une autre association vient nous installer des vélos sur lesquels on devra pédaler pour produire l’électricité pour la projection des clips!

Retrouvez Eat my dust sur Youtube!

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