Jeppe on a Friday

Arya_ShannonJeppe on a Friday, réalisé par Arya Lalloo et Shannon Walsh, était au programme de Paris-Cinéma et du Festival international du film de La Rochelle. Le documentaire nous emmène à la rencontre de 5 hommes dans le quartier de Jeppestown (Johannesburg), tous filmés le même jour.

Comment est née l’idée du documentaire Jeppe on a Friday ?

Arya Lalloo : Shannon et moi nous sommes rencontrées sur un toit de Jeppestown (le même toit dont JJ parle dans le film) début 2011. Elle avait réalisé l’année auparavant un premier documentaire de « voisinage » sur le quartier de St. Henri à Montréal et envisageait d’exporter le format en Afrique du Sud. Je vis dans un quartier très ‘délabré’ du centre-ville juste à côté de Jeppestown, j’y ai emménagé avant que le grand nettoyage de la ville n’ait commencé, un processus très rapide de réhabilitation commencé il y a 6 ans environ (et catalysé par la Coupe du monde 2010). Nous étions toutes les deux impliquées dans la politique inhérente à ce processus, et particulièrement pour la partie qui concernait Jeppestown. A l’époque où nous nous sommes rencontrées le quartier subissait un grand et rapide changement du fait des promoteurs immobiliers comme JJ. C’est par cette connexion entre Shannon et moi autour de la nature de la géographie spatiale et sociale sud-africaine que Jeppe on a Friday est né.

Que vous inspire la ville de Johannesburg ?

A.L : D’un point de vue personnel, j’ai grandi à Johannesburg et j’appelle cette ville «my home », avec tout ce que ce terme implique : identité, nostalgie, sens de l’appartenance et de la communauté. J’ai quitté une petite ville pour emménager ici avec ma famille lorsque l’apartheid fut terminé, mon sentiment vis-à-vis de Johannesburg est aussi lié à ces premières années de liberté, et à l’espoir et l’excitation que représente un nouveau commencement. La ville a connu un grand nombre d’évolutions durant ces 20 dernières années, et l’excitation et l’espoir du début ont été quelques peu altérés par la réalité de l’Afrique du Sud post-apartheid.

D’un point de vue politique, je pense que Johannesburg, comme d’autres villes africaines majeures, représente un continent en pleine redéfinition de lui-même, ce qui implique un ensemble de tensions. C’est la violence de cette régénération contre la violence du sous-développement. Cela implique de multiples, et souvent contradictoires, visions et solutions. Nous avons essayé de refléter cette complexité dans le film.

Votre documentaire a été projeté lors du festival Encounters à Cape Town et Johannesburg, quel a été l’accueil de Jeppe on a Friday en Afrique du Sud ?

A.L : Nous avons rempli les salles tant à Johannesburg qu’à Cape Town et les réactions ont été en grande majorité positives. Dans les deux villes, les discussions qui ont suivi les projections ont été très vivantes, c’est vraiment super que le film marche comme prévu.

Et quelles ont été les réactions lors des festivals français de Paris-Cinéma et La Rochelle ?

A.L : D’après les retours que j’ai eu de Shannon, qui été à Paris-cinéma et à La Rochelle, Jeppe on a Friday a très bien marché dans les deux festivals, et à même fait le plein à la Rochelle. Ce qui est étonnant c’est que les discussions accompagnant le film semblent être le miroir de celles que nous avions eu avec le public sud-africain. Les idées sont fidèlement transmises au public international, cela reflète le fait que les thèmes du film s’inscrivent dans une conversation plus universelle sur la « global city ».

Quelle est l’image de l’Afrique du Sud que vous voudriez montrer au monde ?

A.L : Nous sommes un pays compliqué et nous subissons toujours notre Histoire, mais la vie continue quand même, la beauté existe, les gens sont animés par un ensemble assez universel de désirs, d’ambitions et de craintes. Pourtant l’environnement, la géographie sociale, jouent un rôle énorme dans ce que les gens peuvent ou non réaliser. Par exemple dans le film, la détermination et la résistance de Vusi font écho à celles de JJ, pourtant ces deux personnes de deux mondes opposés vont utiliser ces traits de caractère de manières différentes pour avancer.

J’ai aussi voulu offrir aux publics nationaux et internationaux une expérience de Johannesburg qui manque, il me semble, dans les paroles officielles et dans cette ambition de « ville africaine de classe mondiale ». Les gens qui vivent dans les parties délabrées de la ville ne sont pas souvent décrits comme des personnes dans cette construction. Des mots comme « décanter » sont utilisés pour décrire les expulsions de taudis, le business fait dans cette zone n’est pas estimé à sa juste valeur, et généralement on ne voit pas le voisinage comme une communauté mais comme un problème de résoudre. Tout cela crée l’idée que la vie n’existe pas dans cette ville, ce qui est, comme vous le voyez dans le film absolument faux : juste une illusion perpétuée pour convenir à un programme.

Vous pouvez suivre l’actualité du documentaire Jeppe on a Friday sur Facebook.

Retrouvez aussi une interview très intéressante de Shannon Walsh par TV5monde, ici!

Publicités