Du festival d’Annecy au Cap, rencontre avec Daniel Snaddon

IMG_1065Le Festival International du Film d’Animation d’Annecy est partenaire de Kunjanimation, festival basé à Cape Town. Daniel Snaddon, un de ses organisateurs, était à Annecy pour promouvoir l’animation sud-africaine et défendre Khumba, film auquel il a participé.

De gauche à droite : Daniel Snaddon, Véronique Encrenaz (MIFA), Tim Argall (Animation SA)

L’animation est un secteur en plein développement en Afrique du Sud, des formations se créent, vous donnez vous-même des cours à l’Université du Witwartersrand (Wits)….

Daniel Snaddon : Jusqu’à peu nous n’avions pas de tradition de l’animation en Afrique du Sud, quelques personnes y travaillaient mais il n’y avait pas de véritable industrie, la SABC ne commandait pas non plus d’animation. L’industrie a réellement été crée par les jeunes générations qui ont grandi avec les dessins animés, par des gens suffisamment passionnés et motivés pour lever les fonds, ce qui est particulièrement difficile dans ce secteur. Les gens ne s’imaginent pas à quel point un film d’animation peut être cher. Les producteurs sud-africains essayent de faire des films avec des petits budgets tout en leur donnant la meilleure qualité artistique possible. Et une animation de bonne qualité est aussi essentielle pour attirer de nouveaux investissements ! En fait, cette industrie est surtout composée de créatifs qui sont obligés de devenir des gestionnaires, des hommes d’affaires.

D’où vient votre engagement dans le cinéma d’animation ?

D.S : J’ai fait une partie de mes études en Australie où j’ai eu l’occasion de participer à un festival d’animation. Je me suis senti immédiatement connecté à ce monde, cette connexion est essentiel pour évoluer professionnellement. Cela a été le point de départ de mon engagement dans l’industrie. Après mon retour en Afrique du Sud, nous avons créé avec Animation SA notre propre festival d’animation, Kunjanimation, avec le soutien de l’Institut Français (IFAS) et d’autres sponsors. Pour moi c’est essentiel que les professionnels se sentent connectés, l’Afrique du Sud est géographiquement très éloignée de l’Europe, des Etats-Unis, c’est important pour nous de ne pas nous sentir seuls ! Cela nous aide de savoir que des gens nous regardent et reconnaissent notre travail, de sentir que nous faisons partie du monde de l’animation.

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Justement, comment est né le festival Kunjanimation ?

D.S : Animation SA est une association gérée par des volontaires, elle se veut une plateforme pour nos membres, un espace pour développer des initiatives qui pourraient bénéficier à l’ensemble de notre industrie. L’idée du festival est née lorsque nous avons été contactés par l’attaché audiovisuel de l’IFAS, il nous a dit que le festival d’Annecy était en train de regarder ce qui se faisait en Afrique et particulièrement en Afrique du Sud. Annecy devait venir voir ce qui se passe, c’était l’occasion de faire une exposition, des projections à l’Alliance Française. L’IFAS a également fait venir des professionnels du Zimbabwe et de Namibie. Cela a permis d’avoir une vue de ce qui se passait dans la région, et le bilan est assez positif.

La (très petite) première édition a ainsi eu lieu il y a 2 ans. Nous avions 2 jours de projections à l’Alliance Française et un jour de workshop, avec une petite exposition, à Wits. La deuxième édition a été bien plus importante ! Nous avions une semaine complète de projections et 4 jours de workshops et de discussions. Nous avions un partenariat avec Les Gobelins, des invités venus de France pour nous rencontrer et visiter les studios. Jean-François Laguionie est aussi venue nous parler de son film Le Tableau. L’édition 2013 sera sans doute plus réduite mais nous aurons un partenariat avec le Discop, ce qui est une nouveauté de taille.

Kunjanimation est organisé en lien étroit avec la France, avez-vous d’autres partenaires internationaux ?

D.S : Nous avons le soutien de l’IFAS, de l’Alliance Française, du Festival du film d’animation d’Annecy. On a réfléchi à d’autres partenaires, à plus long termes pourquoi pas, cela dépend d’abord de la santé de l’animation dans les autres pays et il faut aussi que l’on soit sur la même longueur d’onde ! Les français ont bien compris ce dont nous avions besoins et sont très impliqués dans notre partenariat. Et puis, Annecy est un festival international, ils ne représentent pas que les films français mais des films du monde entier. C’est vraiment une chance qu’ils nous supportent car nous ne pourrions pas avoir une telle structure ici…

Avez-vous une grande audience pour l’animation en Afrique du Sud ?

D.S : C’est en pleine croissance ! Il y a un public pour des films comme Madagascar par exemple, Zambezia est aussi un très gros succès. Le public sud-africain est de manière générale très petit amis les jeunes générations s’intéressent de plus en plus à l’animation, ce qui est encourageant. L’audience devrait aussi augmenter avec le développement de l’accès à Internet, à la télévision, au cinéma. Et d’ailleurs, un point qui me semble intéressant : l’Afrique du Sud n’a eu la télévision que dans les années 70, très tard ! Mon père par exemple n’a jamais regardé de dessins animés quand il était enfant. Alors que des enfants en Europe ou aux Etats-Unis grandissaient en regardant des dessins animés, les sud-africains n’avaient pas accès à ce type de divertissement. Cela explique aussi pourquoi les professionnels de l’animation sud-africaine sont relativement jeunes, et il y a beaucoup de talents pour l’avenir!

Votre film d’animation préféré ?

D.S : C’est difficile de répondre… Mais si je devais choisir un film se serait sans doute un Miyazaki !

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