Entrée en piste de l’Afrique du Sud au MIFA

ANNECY2013-maud-chalmel-webLe marché international du film d’animation (MIFA) a ouvert ses portes hier à Annecy. L’édition 2013 marque l’entrée en piste de l’Afrique du Sud qui a pour la première fois un stand dédié. Rencontre avec Mickael Marin, Directeur du MIFA, et Véronique Encrenaz, responsable de projet et spécialisée sur l’Afrique du Sud.

Qu’en est-il de la présence de l’animation africaine au MIFA ?

Mickael Marin : Malgré quelques balbutiements, dont un stand tunisien il y a quelques années, le marché international du film d’animation ne comptait pas jusqu’alors de stand de pays africains. 2013 marque une nouvelle étape pour l’animation africaine, et sud-africaine. L’Afrique du Sud semble aujourd’hui prête à relever le défi de l’animation, le savoir-faire technique est là, la volonté politique aussi, les contacts engrangés dans les manifestations internationales devraient suffirent à donner un coup d’accélérateur à cette industrie prometteuse.

La volonté politique est un point essentiel dans le développement d’une telle industrie ?

M.M : L’animation coûte cher et sans l’appui des pouvoirs publics le secteur ne pourrait émerger. Ainsi les pays en développement qui ont su créer une animation prospère ont en commun une volonté politique forte en ce sens.

Véronique Encrenaz : L’appuie du ministère a permis une union des producteurs sud-africains qui ont pu ainsi gagné en visibilité. Le festival d’Annecy a aussi participé à la sensibilisation des institutions locales en accueillant il y a 2 ans, avec l’aide de l’attaché audiovisuel local, une délégation d’institutions et de studios sud-africains. Cette participation a permis un échange entre les sud-africains et les autres pays sur les méthodes de financement, la manne financière et les emplois que représentent l’animation. Cela a participé à la prise de conscience de la NFVF, jusque là centrée sur la prise de vue réelle.

Existe-t-il d’autres points communs entre les pays en développement ayant vu l’émergence d’une telle industrie ?

adventures_in_zambezia_poster_orange_email_small_3M.M : L’Afrique du Sud, comme d’autres pays en développement, a d’abord construit son industrie audiovisuelle autour des films publicitaires et de la prestation de services. A l’instar de la Malaisie, ou de Taiwan, l’Afrique du Sud a franchi l’étape du financement de la production, la propriété des droits étant le véritable point stratégique. C’est cette même volonté politique qui a permis aux producteurs jusque là spécialisés dans la production de films publicitaires de sauter le pas et d’investir dans la production d’animation. L’Afrique du Sud a désormais le terreau nécessaire au développement du secteur de l’animation. Triggerfish a produit en 2012 le premier long métrage d’envergure du pays, Zambezia, une œuvre reconnue pour sa grande qualité.

Que manque-t-il au développement de l’animation sud-africaine ?

V.E : Il faut tout un écosystème complexe pour faire naitre une telle industrie. Les principaux obstacles au développement de l’animation restent la formation et l’investissement, quasi-absent, des chaînes de télévision.

En effet, les écoles forment des professionnels aguerris pour ce qui est du savoir-faire technique, mais l’écriture scénaristique, l’art de raconter des histoires, la capacité à créer des œuvres internationales et le métier de producteur, autant de savoir-faire nécessaire aux coproductions entre pays, restent peu enseignés en Afrique du Sud – ce qui est aussi le cas en Inde. Il existe cependant à Johannesburg une formation axée sur les auteurs. La NFVF prend le problème de la formation à bras le corps. Des débats ont été organisés lors du dernier festival Kunjanimation à Cape Town et ont lancé l’idée de tables rondes régulèrent entre studios et écoles autour de la formation des auteurs.

Enfin, les diffuseurs télévisuels ne progressent pas dans leur volonté d’investissement dans l’animation. Ce pan de financement est pourtant à la base d’une industrie audiovisuelle solide. Le cas allemand est particulièrement probant, la baisse d’investissement des diffuseurs y est clairement corrélée à la disparition d’une partie du tissu productif. Des tables rondes entre studios et diffuseurs sont aussi en projet.

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