Rencontre avec Lesedi Oluko Moche, directrice du festival Encounters

3c1c7d2Le 6 juin débutera en Afrique du Sud la 15ème édition du Encounters South African International Documentary Festival . Les projections et rencontres alterneront pendant 10 jours entre Cape Town et Johannesburg. Rencontre avec Lesedi Oluko Moche, sa directrice.

Comment est né le festival Encounters ?

Lesedi Oluko Moche : Le festival a été fondé par Steven Markovitz et Nodi Murphy pour promouvoir le documentaire de cinéma en Afrique du Sud, et encourager les réalisateurs et producteurs à faire des documentaires pour le grand écran. A l’origine il s’agissait d’un partenariat avec la Suisse, d’où le nom des premières éditions : The Encounters Swiss South African Documentary Film Festival! Il y a une culture du documentaire en Afrique du Sud mais davantage tournée vers la télévision. Depuis quelques années, il y a néanmoins de plus en plus de documentaires de cinéma de réalisés et de vus en Afrique du Sud. Beaucoup de jeunes commencent aussi par ce genre, c’est un bon moyen de trouver sa voie ! Non pas que cela soit un tremplin pour les films de fiction, les genres sont trop différents, mais le documentaire peut aider à trouver la façon dont on veut s’exprimer, à trouver cette voix.

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Encounters est un festival ouvert à tous, quelle est son impact, son audience ?

L.O.M : Nous avons vendu 10 000 tickets l’année dernière, c’est certainement le seul festival du pays où les gens se déplacent pour voir des films au cinéma ! La première année nous n’avons touché que 2 500 personnes sur 17 jours… Nous avons raccourcis depuis la durée du festival à 10 jours, ce qui est davantage adapté à nos objectifs. C’est maintenant plus facile d’atteindre les gens que l’on veut atteindre : l’audience, les financeurs, l’industrie. Nous proposons moins de films mais l’impact est plus important.

D’où viennent les documentaires que vous sélectionnez ?

L.O.M : Jusqu’à cette année, le festival a toujours essayé de sélectionner 50% de documentaires sud-africains et 50% de documentaires étrangers. Pour la 15ème édition nous avons choisi de sélectionner 50% de documentaires sud-africains et africains, et 50% de documentaires venant des autres continents. Les documentaires africains sont exonérés de frais afin d’encourager les réalisateurs et producteurs à soumettre leurs projets. Nous voulons être une plateforme pour leurs histoires.

Sur les 400 documentaires reçus cette année, un grand nombre venaient d’Europe. Il y a beaucoup de réalisateurs de documentaires en Europe, on a l’occasion de les rencontrer dans les festivals, les instituts culturels nous aident aussi à entrer en contact avec eux. On reçoit également beaucoup de courts métrages de la part de sud-africains : des réalisateurs émergents, des étudiants… Notamment ceux de l’école de cinéma Big Fish.

Parlez-nous du partenariat avec l’école de cinéma Big Fish…

L.O.M : A la base, Big Fish n’était pas un partenaire officiel du festival, on essayait juste de faire venir les étudiants au festival chaque année. Nous tenons à leur donner un accès à ce monde fermé qu’est l’audiovisuel. Nous nous assurons chaque année que les étudiants de Big Fish puissent être présents gratuitement, rencontrer les professionnels, montrer leurs films et avoir accès à une audience. Jusqu’à présent il n’y avait pas d’événement dédié, leurs films étaient projetés avant les documentaires de la sélection officielle. Cette année, ils bénéficieront d’une programmation spéciale.

Dans la programmation de la 15ème édition, il y a également des événements en partenariat avec Al Jazeera English, quelle est la place de ce diffuseur dans le documentaire africain ?

L.O.M : Un pitching sera organisé avec Al Jazeera, 16 réalisateurs vont pouvoir défendre leurs projets devant leur jury! Nous allons également projeter en partenariat avec eux une série de courts métrages sur les photographes sud-africains.

Pour exister, les documentaires ont besoin d’avoir un diffuseur télévisuel, et Al Jazeera English est devenu le principal diffuseur de documentaires en Afrique. La télévision chinoise (CCTV news) est aussi présente dans le documentaire africain. Ils arrivent doucement, ils ont ouvert un bureau à Nairobi l’an dernier, et ont un intérêt pour les contenus africains.

La SABC (télévision publique sud-africaine) soutenait jusqu’à peu notre festival et nos initiatives pour les jeunes talents, mais ils ont du mettre fin à ce partenariat pour des raisons financières.

Une partie de votre programmation, « Women Direct » est spécialement dédiée aux documentaires réalisés par des femmes. Comment est née cette idée?

L.O.M : C’est la première fois que nous programmons un focus sur les documentaires réalisés par des femmes. On entend souvent dire qu’il n’y a pas, ou peu, de femmes réalisatrices… Mais elles sont bien là ! Et elles traitent toutes sortes de sujets : art, politique, société,… pas que des « histoires de femmes » ! C’est ce que nous voulons montrer.

imagesDans ce cadre, nous allons accueillir avec le soutien du Goethe Institute Brita Wauer, réalisatrice de In Heaven Underground. Michelle Major, réalisatrice de Venus and Serena, sera présente grâce au soutien du Consulat américain. Nous avons aussi monté un partenariat avec l’Institut Français d’Afrique du Sud pour accueillir Nadia El Fani, réalisatrice de Même pas mal. Mais malheureusement, pour des raisons de santé Nadia ne pourra pas être présente. Le film sera tout de même projeté, c’est un magnifique documentaire !

Quelle est la place des femmes dans le documentaire sud-africain ?

L.O.M : En Afrique du Sud, il n’y a pas beaucoup de réalisatrices par rapport à ce que l’on pourrait espérer. Les réalisatrices font souvent un film mais ne continuent pas après, les carrières sont plus irrégulières que celles des hommes. Par contre, l’équilibre est davantage respecté du côté de la production. C’est aussi le cas dans les écoles, où les étudiants doivent faire un peu de tout, du coup on voit des filles à différents postes (réalisation, production,…), quelque chose se passe à la sortie. Peut-être est-ce juste une question de choix, peut-être est-ce un problème d’accès… Si on en reparle dans un an j’espère pouvoir vous donner une réponse, pour le moment je m’interroge !

Et vous, qu’est ce qui vous a amené vers le documentaire ?

L.O.M : J’ai fait mes études dans le milieu de la télévision, au Canada, là où j’ai grandi. A la fin de mes études, Je suis venue en Afrique du Sud, pays dont sont originaires mes parents, juste pour 3 mois…. Et j’y suis restée ! J’ai d’abord travaillé pour le Tri continental Human Rights Film Festival, puis, un peu par hazard, dans la production de documentaire. C’est là que je suis tombée amoureuse de ce genre! Le premier documentaire sur lequel j’ai travaillé était A South African love story : Walter and Albertina Sisulu. Walter Sisulu était un membre important de l’ANC, et un proche de Nelson Mandela, que nous avons d’ailleurs interviewé à cette occasion ! La productrice du documentaire n’a pas pu être présente ce jour là, et je me suis retrouvée seule avec le réalisateur, le camera man et le preneur de son, face à Nelson Mandela ! J’avais 23 ans. J’ai fait mon éducation du documentaire en travaillant dans ce milieu. J’ai appris à l’apprécier, à le comprendre.

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