Workshop à Durban de Miguel Machalski, consultant en scénario

Miguel Machalski 7Miguel Machalski, consultant en scénario basé à Paris, a tenu il y a quelques jours un workshop à Durban, avec le soutien des municipalités de Nantes et Durban. Cet atelier, hébergé par l’Alliance Française, avait pour but d’aider les scénaristes Madoda Ncayiyana (aussi réalisateur) et Julie Frederikse (productrice) dans le développement de leur prochain film Muti dot Mobi.

Sarah Doignon, directrice de l’Alliance Française de Durban, et Miguel Machalski nous en disent plus sur le projet…

L’Alliance Française héberge-t-elle souvent ce type de collaboration? Avez-vous des partenariats avec le Durban International Film Festival DIFF (DIFF)?

Sarah Doignon : Nous organisons régulièrement des collaborations et résidences entre artistes français et sud-africains, mais il s’agit de la première résidence liée au cinéma. Nous collaborons avec le DIFF en diffusant certains films francophones durant le festival et en organisant des rencontres (conférences en français et anglais avec des réalisateurs) ou d’autres types d’événements en marge du Festival. Pour l’édition 2012, la grande French Party a été organisée par l’Institut Français d’Afrique du Sud dans nos murs, BLUE GENE (collaboration entre le compositeur bassiste français Charles Amblard et le poète slammeur sud-africain EWOK ) dont nous avions monté la résidence s’y est produit. Nous avons aussi hébergé l’exposition ‘ Bollywood’ et le concert de Debashish Battacharya durant le focus indien de l’édition 2011.

imagesEn ce qui concerne la résidence de Miguel Machalski, c’est un projet dont nous avions parlé depuis longtemps avec Julie Frederikse et Madoda Ncayiyana, dont j’aime beaucoup le premier film Izulu Lami. Nous l’utilisons d’ailleurs dans nos cours de langue zouloue. Le sujet du prochain film nous rapproche d’autant plus qu’il traite, en autres, de la scène hip hop et beat box de Durban que nous soutenons à l’Alliance Française. Nous accueillons une fois par mois une plateforme d’artistes locaux ; le jeune acteur Tshepang Mohlomi (« Chilli-Bite » dans Izulu Lami) à l’affiche de ce prochain film est venu chanter lors du festival de la francophonie, le jour des Droits de l’Homme sud-africain.

Quand Julie et Madoda ont pu trouver les financements pour faire venir Miguel, grâce aux municipalités de Nantes et Durban (villes jumelles), c’est tout naturellement que je les ai invités à travailler dans nos murs…. Dans la salle de classe ou justement le poster d’Izululami est au mur ! Apparemment, les murs de l’Alliance Française ont aidé l’inspiration puisqu’ils repartent ravis, remplis d’idées après avoir travaillé 12h par jour pendant une semaine !

C’est un vrai plaisir d’avoir hébergé les débuts de ce film, et une personne aussi talentueuse et passionnante que Miguel Machalski qui j’espère pourra revenir pour une prochaine étape de travail.

Miguel Machalski , décrivez-nous la genèse de ce workshop, comment s’insère-t-il dans le programme « Produire au Sud » (PAS) ? Est-ce que ce travail est réalisé en vue d’une coproduction internationale?

Miguel Machalski : Julie Friedrikse, Madoda Ncayiyana et moi nous sommes rencontrés à Nantes en 2003, au sein d’un atelier Produire au Sud (PAS), lorsqu’ils travaillaient sur leur premier film Izululami. On a eu tout de suite des atomes crochus et ils voulaient que je continue cette collaboration pour ce projet-là mais un autre consultant, hors PAS, fut désigné d’office. On s’est revus à nouveau en juillet 2012 à Durban, où j’étais en mission, encore dans le cadre de PAS. Ils m’ont proposé alors d’intervenir en tant que consultant sur leur deuxième film (le premier a vu le jour en 2009, avec un très bon accueil), Muti.dot.Mobi et les choses ont été mises en place par Guillaume Mainguet, directeur de PAS, la ville de Nantes et la ville de Durban, villes jumelles.

Ce type d’intervention autour d’un projet en développement – plus qu’un véritable « workshop » – est une mise à plat et une réflexion en profondeur de l’histoire et du film, où l’on préconise des axes de réécriture. Elle ne fait pas partie directement du programme PAS mais en est en quelque sorte une extension ou un complément, étant donné que le lien entre consultant et scénaristes s’est créé par le truchement de PAS. Sans la médiation de PAS dans toutes les étapes, elle n’aurait pas eu lieu.
Dans un premier temps, le but est de développer au mieux le potentiel du scénario afin de constituer la base la plus solide possible pour le film. A ce titre-là, j’aimerais insister sur le fait que les « problèmes de scénario » dont on parle abondamment dans le milieu du cinéma mondial sont souvent liés à la méfiance à l’égard du scénario et à la peur de ce qui est trop « scénaristique ». Le travail sur le scénario, qu’on peut voir comme une planification détaillée en amont, est très souvent méprisé et négligé.

Bien que n’étant pas un objectif avéré, il est certain que les liens avec la France donneront à ce projet une visibilité en France et en Europe et faciliteront une éventuelle co-production.

Quel est votre engagement dans le programme « Produire au Sud »?

M.M : Je travaille comme consultant chez PAS depuis 10 ans, et j’interviens autant aux ateliers annuels qui se déroulent à Nantes dans le cadre du Festival des Trois Continents qu’aux ateliers « itinérants » (Buenos Aires, Bangkok, Durban…). Mes interventions sont donc ponctuelles, mais je me sens très en phase avec l’approche PAS, aussi bien quant à l’ouverture culturelle qu’elle représente qu’à la vision du cinéma du monde qu’elle défend. Devant une soit disant mondialisation de la culture qui n’est autre chose que l’extension de l’hégémonie de certains pays jusqu’aux recoins les plus reculés de la planète – dans le cinéma, ce sont encore les Etats-Unis qui l’exercent –, PAS soutient une diffusion authentique de chaque culture en respectant son essence.

Comment se déroule le workshop? Quelles sont les problématiques, les principaux points sur lesquels vous intervenez?

M.M : Le travail s’est déroulé pendant 5 jours consécutifs et très intensifs (nous travaillons 12 heures par jour !). Le projet était au stade d’un séquencier, ce qui nous a permis d’examiner par le menu chaque aspect : le thème, la trame, la structure et les personnages. Ces derniers constituent la clé de voûte de la plupart des scénarios. Il faut rendre les personnages auteurs de leurs propres histoires et non pas des pions au service des scénaristes. Il est intéressant de signaler que les problématiques, surtout dans certains pays dits « du sud », sont plus souvent liées à des questions de production ou bien à des exigences et des interdits des institutions qu’à des difficultés créatives. Je dois ajouter que j’ai rarement eu l’occasion de travailler avec des scénaristes aussi dynamiques, ouverts et spontanément créatifs que Julie et Madoda.

Aviez-vous déjà collaboré avec des auteurs sud-africains? Que vous inspire ce cinéma, ces auteurs?

reasonable-manM.M : J’ai travaillé il y a longtemps sur le premier long-métrage de Gavin Hood, A Reasonable Man, qui a ensuite réalisé Tsotsi (Oscar du meilleur film étranger en 2005), mais j’ai aussi scénarisé un film sénégalais, Ramata, et j’ai travaillé comme consultant sur quelques films africains (non pas sud-africains). L’Afrique possède une tradition narrative incroyablement riche, une cosmovision fascinante qui pourrait élargir considérablement notre perception rationaliste souvent fort étroite, et une réalité sociale qui mérite beaucoup d’attention. Malheureusement, force est de constater qu’il existe en Afrique du Sud un modèle d’écriture scénaristique très formatée venant des USA et largement imposé qui au lieu de donner des ailes à cette créativité et à cette diversité, a tendance à les restreindre et homogénéiser. Il faut souligner que, avant même de questionner la valeur objective de ces modèles (que j’estime personnellement assez questionnables), il est évident que toute imitation sera forcément moins bonne que l’original. Si l’on peut admettre que la « formule hollywoodienne » donne parfois des bons résultats, il me paraît qu’essayer de la singer quand elle ne fait pas partie de sa propre culture a toutes les chances de mener à l’échec.

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