Rencontre avec Tendeka Matatu, producteur de Black South-Easter

Trois films sud-africains sont au programme des projections du Marché du Film, Blitz Patrollie (Andrew Wessels), Khumba (le nouveau film d’animation de Triggerfish) et Black South-Easter, le premier long métrage de Carey McKenzie.

Sc128Mei-Yu Nan-128Sc128Sizwe-Tony Kgoroge-128

Synopsis: Une tempète ramène sur les plages de Cape Town le corps mutilé d’un homme. Pour Sizwe Miya, flic des townships, enquêter sur cette affaire est l’occasion d’obtenir enfin la promotion qu’il attend. Il va ainsi découvrir une autre facette de la police locale, un univers où règnent l’intérêt personnel et la corruption, et va devoir choisir entre fidélité et intégrité.

BSE

Le film a été tourné à Cape Town, ville dont est originaire la scénariste et réalisatrice Carey McKenzie. Carey McKenzie voit sa ville comme «une femme fatale, aussi belle que difficile. Cela vient de son climat, de l’océan, du vent, de la rudesse des luttes entre riches et pauvres. Cape Town est un parfait théâtre pour une histoire de corruption, elle aide à comprendre les aspirations et les craintes de chacun. Cette ville montre à quel point on peut tomber très bas, ou monter très haut ».

11052_matatu-tendekaTendeka Matatu, le producteur du film, a d’abord été séduit par l’histoire, « une bonne histoire doit être accrochante, divertissante, être la promesse d’un bon film et d’une bonne audience. J’essaye aussi de produire des films ayant une résonance sociale, des films qui posent des questions aux spectateurs, qui les laissent avec des questions. Quand j’ai lu le scénario de Black South-Easter, j’ai retrouvé tous ces éléments. J’ai aussi été fasciné par la vision de Carey McKenzie, c’est une merveilleuse scénariste ».

Tendeka Matatu est un des producteurs les plus prolifiques d’Afrique du Sud, il a notamment à son actif White wedding et Material, deux succès nationaux. Tendeka a commencé sa carrière au Zimbabwe, « avant la fin de l’apartheid et l’ouverture de l’Afrique du Sud, le Zimbabwe été un lieu de tournage relativement important, beaucoup de réalisateurs et de producteurs sont partis travailler là-bas ». Sa société de production, Ten10, est aujourd’hui basée à Cape Town et à Londres. « Cape Town est vite devenue trop petite, certains projets que j‘avais envie de concrétiser étaient difficiles à réaliser en Afrique du Sud. C’est ce qui m’a poussé à ouvrir un second bureau à Londres. Notre ligne directrice reste la production de films sud-africains et la distribution de films africains en Afrique du Sud comme dans le reste de l’Afrique. L’industrie du cinéma à Cape Town est une réussite, elle génère beaucoup de revenus grâce au versant technique et à l’accueil des tournages…. Mais j’aimerais voir davantage de films locaux s’y tourner, nous avons des scénaristes et des réalisateurs talentueux ! C’est un peu difficile de faire un film à Cape Town si tu es un réalisateur ou un producteur de Cape Town, la plupart des fonds et des institutions étant à Johannesburg. C’est un peu difficile, mais pas impossible !»

Pour Tendeka, le cinéma sud-africain a un bel avenir devant lui, si tant est que l’on donne les moyens aux scénaristes et réalisateurs de développer leurs idées. « L’industrie sud-africaine est encore très jeune, comparée à d’autres c’est un bébé . On voit de plus en plus de films se faire ici, la question n’est pas de savoir combien de films sont réalisés chaque année mais combien de « grands » films sont réalisés chaque année. Il y a beaucoup de travail à faire pour soutenir les talents que nous avons déjà, pour les aider à développer leurs compétences… Et les aider à faire des films ! » Tendeka aimerais notamment voir davantage d’aides publiques se créer pour le cinéma en Afrique du Sud. « Nous avons bien sûr la NFVF et le DTI pour nous soutenir, mais lorsqu’on fait un film en Afrique du Sud il faut toujours avoir le marché en tête, on ne peut pas vraiment s’éloigner de l’aspect commercial. Il serait intéressant d’avoir plus de soutien public pour permettre aux scénaristes et réalisateurs d’aller davantage vers l’expérimentation, et de ne pas faire du cinéma uniquement pour le box office ». Tendeka se rend presque tous les ans à Cannes et voit les sélections des films d’Oliver Schmitz et d’Oliver Hermanus à Un Certain regard comme de très bons signes pour un cinéma sud-africain  » qui a encore beaucoup à apprendre. Le chemin est long… »

Publicités