Steven Markovitz, faire vivre les cinémas africains

markovitzSteven Markovitz, producteur de Viva Riva !, travaille depuis longtemps avec des cinéastes venant des quatre coins d’Afrique, c’est même devenu l’une de ses principales motivations. Il est à Cannes avec deux projets, dont Jambula Tree de la réalisatrice Kényane Wanuri Kahiu, retenu dans le cadre de la Fabrique des Cinémas du Monde. Il nous parle de ses projets et du rôle de l’Afrique du Sud vis-à-vis des autres cinémas africains.

Jambula Tree et The King and Casalis, deux projets à Cannes

0-jambula-treeJambula Tree c’est une histoire d’amour entre deux adolescentes, élèves d’une école catholique kényane. Dans une société où les relations homosexuelles sont interdites, elles auront à choisir entre l’amour et la sécurité. Steven Markovitz explique cependant que le but n’est pas de faire un film militant, mais « simplement de raconter une belle histoire d’amour ». Et quand on lui demande si ce n’est pas trop délicat d’aborder ce sujet au Kénya: « nous savons que c’est un sujet difficile mais nous pensons que c’est le bon moment pour en parler. Nous comptons aussi sur la popularité de la réalisatrice pour faciliter les choses. Nous n’avons pas peur !». Steven Markovitz et Wanuri Kahiu espèrent trouver de nouveaux partenaires à Cannes. « Cela nous semble intéressant de monter un partenariat entre le Kénya, l’Afrique du Sud est la France. Travailler avec la France n’est pas uniquement une question d’argent. Il y a d’autres endroits dans le monde où nous pouvons trouver des financements, mais les français ont une sensibilité et une approche de la production cinématographique particulières. C’est cette vision qui nous intéresse ».

Lucas Rosant de Mandra Films travaille déjà sur le projet. « Nous n’avions jamais travaillé avec Lucas, mais on le connait depuis longtemps, on l’aime beaucoup et on voudrait continuer cette route avec lui. Au plus le temps passe, au plus il est important pour moi de travailler avec des gens que j’apprécie vraiment. Coproduire un film exige de passer beaucoup de temps ensemble, la relation est soumise à rude épreuve ! Et comme il est plus facile de se marier que de divorcer…. Mieux vaux être sûr que l’on partage bien la même vision, les mêmes ambitions pour le film, et que l’on s’apprécie suffisamment ! ».

Steven Markovitz a un autre projet en développement, The King and Casalis, basé sur une histoire vraie, celle du Roi Moshoeshoe et d’un missionaire protestant français, Eugène Casalis, qui a travaillé plus de 20 ans pour le Roi. « C’est un film historique sur cet homme, le Roi Moshoeshoe, qui a toujours œuvré pour la paix. Il a vu un avantage stratégique à avoir à ses côtés un missionnaire français, notamment pour négocier avec les britanniques, et l’a utilisé afin de garantir la sécurité de son peuple. Eugène Casalis en tant que missionnaire y a vu aussi son intérêt : pouvoir convertir la population. C’est donc l’histoire de deux hommes venant de cultures différentes et qui ont eu besoin l’un de l’autre pour atteindre leurs buts ». The King and Casalis représente une occasion de proposer une autre image de l’Afrique, un autre type de films. « Si vous regardez l’histoire du cinéma africain, beaucoup de films portent sur les questions sociales, sur les droits de l’Homme, ou la vie dans les villages. L’image de l’Afrique est souvent limitée à la pauvreté, le sida, la corruption,… C’est bien sûr une réalité mais ce n’est pas la seule réalité de l’Afrique, ce continent est largement plus divers et complexe. L’image que l’occident a de l’Afrique reste statique. Or, le monde change, l’Afrique change, les jeunes générations sont en train de créer des choses intéressantes ».

Travailler avec les cinéastes africains, « une opportunité et une responsabilité »

580_3377_19_7c5ac_workingEn parlant des jeunes générations de cinéastes africains, Steven Markovitz évoque une de ses dernières productions, African Metropolis: 7 courts métrages, 7 villes africaines, 7 réalisateurs africains. « Plus de la moitié des africains vivent dans les villes, c’est l’avenir, les relations humaines évoluent, c’est une situation très dynamique. Nous avons besoin de nous exprimer, de faire des films sur cette expérience urbaine. African Metropolis est aussi une opportunité pour les réalisateurs de ces villes! Le cinéma africain n’est pas vraiment présent sur la scène internationale, nous devons trouver un moyen de promouvoir les réalisateurs. Beaucoup me demande pourquoi avoir produit une série de courts métrages… Simplement parce qu’il est très compliqué de produire un long métrage en Afrique, cela prend en moyenne entre 5 et 10 ans. Ce projet ne nous a pris qu’un an ! C’est un moyen d’aller plus vite et, je l’espère, de facilité l’accès aux longs métrages pour les réalisateurs.

Steven Markovitz pense aussi à la circulation des films en Afrique. « On essaye de sortir Viva Riva ! dans d’autres pays d’Afrique. Il est important de projeter des films africains, pour le public mais aussi pour les cinéastes des différents pays, pour qu’ils puissent voir comment les autres travaillent. Quand on est producteur en Afrique, on ne peut pas se contenter de produire le film, il faut penser aux questions de distribution, de développement des compétences… Tout est à construire. Il est aussi difficile de généraliser une expérience, chaque pays à sa propre culture, sa propre dynamique, on doit faire avec cela et s’adapter sans cesse ».

Pour Steven Markovitz, travailler avec les autres pays africains est une opportunité et une responsabilité. «L’Afrique du Sud a souvent une mauvaise image dans le reste de l’Afrique, une image de pays arrogant. Or, les autres pays africains nous ont aidés dans la lutte anti-apartheid, beaucoup de gens ont fait des sacrifices pour soutenir financièrement cette lutte. Ils nous ont aidés à faire de ce pays ce qu’il est aujourd’hui. De plus, l’Afrique du Sud est un jeune pays, un adolescent! Nous avons beaucoup à apprendre des autres pays africains, ils ont des philosophies et des cultures bien déterminées. Ils savent qui ils sont, ce qui est crucial quand on fait des films ! L’Afrique du Sud doit changer son attitude vis-à-vis du reste de l’Afrique, être plus ouverte, apprécier davantage ce que peuvent nous apporter ces pays. Ce qui m’intéresse c’est de travailler avec les cinéastes africains, de les soutenir, de les aider à mettre à l’écran leur propre vision ».

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