ITW Samuel Lelièvre #5: Défis pour l’industrie cinématographique

Quels sont selon vous les principaux défis à venir pour l’industrie cinématographique sud-africaine ?

SL: Sans pouvoir dresser ici un état des lieux complet, notamment dans un contexte de crise économique et sociale importante, j’identifierais toutefois quatre points liés les uns aux autres. Le principal problème est d’abord celui de la distribution : il s’agit là d’un point récurrent dans l’histoire de cette industrie – des pratiques monopolistiques avaient été mises en place dans ce domaine, inhibant toute évolution et rendant difficile une sortie hors de l’ère de l’apartheid ; or, c’est par ce biais que des films sud-africains pourront contribuer au développement (économique et humain) de l’industrie sud-africaine, en plus d’être davantage vus et reconnus par les spectateurs. Le second problème serait celui de l’intégration sociale et de l’accessibilité des films au plus grand nombre : du côté de l’industrie elle-même, les « titulaires » des postes les plus importants dans la chaine allant de la production à l’exploitation des films ne représentent pas encore réellement la diversité de la nation arc-en-ciel ; par ailleurs, toutes les études montrent qu’aller au cinéma reste un luxe pour une majorité de Sud-Africains, soit en raison du prix du billet d’entrée lui-même, soit en raison des coûts de transports pour se rendre dans une salle, soit – et c’est le plus souvent le cas – pour ces deux raisons à la fois. Le troisième domaine – proche jusqu’à se superposer parfois au second – est celui de la formation ou de l’éducation à l’image : pour que les professionnels de l’industrie soient davantage représentatifs de ce qu’est l’Afrique du Sud aujourd’hui, il faut former davantage de personnes issues de toutes les strates de la société sud-africaine ; de la même façon, pour donner davantage envie d’aller au cinéma, il faut non seulement informer mais aussi « former » la population à l’image… Enfin, il est certainement nécessaire de développer de nouvelles formes de production pour orienter le cinéma sud-africain en dehors des modèles hollywoodiens et du « cinéma de genre ». Certaines lourdeurs ou habitudes demeurent et qui ont à voir, à mon avis, avec un certain rapport à l’argent. Mais le cinéma sud-africain est très riche et il existe de nombreux réalisateurs ou producteurs travaillant hors des sentiers battus ; simplement, ceux-ci sont encore moins visibles que les autres étant donné les problèmes que l’on a pu évoquer ici.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Samuel Lelièvre.

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