Entre l’Afrique du Sud et la Namibie, rencontre avec Bridget Pickering

bpickringBridget Pickering est productrice chez Fireworx Media, à Johannesburg. Elle a notamment coproduit Hotel Rwanda, de Terry George, nominé aux Oscar en 2005. Namibienne par son père et sud-africaine par sa mère, Bridget Pickering est riche d’une grande expérience internationale. Après un passage par l’Angleterre, elle décide de partir étudier aux Etats-Unis – Syracuse University. Elle y passera 6 ans, dont 2 au département casting d’Universal Pictures. Différentes raisons l’ont poussée à revenir en Afrique : « il y a d’abord eu des changements politiques majeurs, et j’avais envie de faire des films dans le pays d’où je venais : avec des histoires de ce pays, des histoires qu’on ne peut développer qu’ici». Elle quitte donc les Etats-Unis pour la Namibie.

En 1992, elle crée On Land Productions avec le réalisateur namibien Richard Pakleppa. Elle produit notamment son court-métrage Sophia’s Homecoming, qui a été diffusé en France sur ARTE et Canal+. Elle participe ainsi au microcosme de l’audiovisuel namibien, « il y a tout au plus 10 ou 15 producteurs en Namibie. Les gens sont totalement polyvalents et participent aussi bien à la réalisation, qu’à la production, la distribution. Ils bénéficient de quelques soutiens de la part de la Namibia Film Commission, notamment d’une aide financière, mais les films sont surtout financés grâce à des fonds européens, ou juste par l’argent des producteurs ». Les possibilités sont encore très limités en Namibie. C’est ce qui a poussé Bridget à s’installer finalement en Afrique du Sud, pays de sa mère et où elle a vécu, il y a maintenant 12 ans.

hotel rwandaBridget Pickering travaille désormais pour Fireworx media, « l’une des sociétés de production ayant reçu le plus de récompenses en Afrique du Sud ». Cette dernière décennie, elle a pu observer des changements dans l’industrie cinématographique sud-africaine. Dans ce cinéma encore « jeune », le versant créatif s’est développé et se développe encore, « les gens apprennent à raconter les histoires, à écrire un scénario, à produire des films. Ils apprennent notamment en voyageant, et aussi en regardant des films étrangers ». Deux conditions lui semblent essentielles au développement d’un cinéma national: « une industrie cinématographique a besoin d’être portée par les spectateurs, c’est le cas en Inde ou aux Etats-Unis par exemple. Elle a aussi besoin d’un soutien politique pour se développer. En Afrique du Sud, l’audience et le soutien sont là… Mais ils ne sont pas encore assez forts ». Bridget souligne néanmoins que les incitations fiscales misent en place par le gouvernement ont permis à beaucoup de films d’être tournés, « c’est malheureusement souvent rien d’autre qu’une question d’argent. Globalement l’accès aux financements a été largement facilité. La NFVF supporte des films. Toutes ces institutions ont permis aux professionnels d’accéder aux financements. Si l’on compare l’Afrique du Sud à la Namibie, l’industrie sud-africaine est, certes, bien plus développée, avec bien plus de professionnels, bien plus qualifiés, mais il y a aussi des financements et surtout une volonté politique, et je pense que cela fait la différence. Les gens font des films et ils ont les moyens de faire de bons films ».

TOR postcard_Page_1Depuis Johannesburg, Bridget Pickering reste très attachée à la Namibie. Elle a actuellement quatre projets avec le pays, 2 courts métrages et 2 longs métrages. Taste of Rain, qu’elle a coproduit avec la Namibie et l’Allemagne est actuellement sur les écrans sud-africains. Concernant l’avenir de ce cinéma, Bridget est confiante. « Je pense que le cinéma namibien peut grandir. Il y a des chemins possibles. Il y a une production, notamment de téléfilms et de courts métrages. La difficulté en Namibie est que, contrairement à l’Afrique du Sud où la télévision permet aux professionnels de travailler entre deux films, il est très compliqué en Namibie d’avoir un revenu régulier et de survivre dans le cinéma ». Elle espère coproduire encore de nombreux films avec le pays, « travailler avec la Namibie, c’est aussi un moyen de soutenir ce cinéma, d’aider au développement de compétences ».

A suivre : Taste of Rain, premier long métrage de fiction de Richard Pakleppa. Une coproduction entre la Namibie, l’Afrique du Sud et l’Allemagne… soutenue par le Ministère des Affaires Etrangères Français.

Crédits photo: Fireworx media.

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