ITW Samuel Lelièvre #4: cinéma sud-africain et cinémas étrangers

Quels sont les liens entre le cinéma sud-africain et les cinémas étrangers ? L’industrie cinématographique sud-africaine entretient-elle des liens particuliers avec les autres cinématographies africaines ?

SL: Ces liens sont très importants. Historiquement, d’abord, ce sont des films étrangers qui ont été diffusés en Afrique du Sud et Isidore W. Schlesinger, l’un des fondateurs de l’industrie cinématographique sud-africaine, est venu des Etats-Unis à la fin du 19ème siècle. Dans le prolongement de ces liens d’ordre industriel et économique, les liens se jouent ensuite sur les plans idéologico-culturels et stylistiques : le cinéma sud-africain mainstream a pris modèle sur le cinéma hollywoodien dans la manière d’inventer des histoires ; d’un autre côté, le cinéma hollywoodien a toujours été présent en Afrique du Sud même, soit à travers des productions visant les publics d’Afrique australe, soit à travers des productions sur des thématiques sud-africaines mais destinées au marché international. Plus intéressants, évidemment, sont les liens se jouant dans le cadre de pratiques alternatives et entretenant un rapport plus critique avec les réalités sud-africaines. Cela va se jouer, d’une part, à travers les pratiques d’ordre documentariste émanant, à partir des années 50, de réalisateurs étrangers (Eric Rutherford, Donald Swanson, et Lionel Rogosin) et, d’autre part, à travers des films d’auteurs sud-africains commençant à prendre leur distance vis-à-vis de l’idéologie de l’apartheid ou qui, comme Lionel Ngakane, ont dû s’exiler à l’étranger. Ce mouvement « critique » va se prolonger et s’amplifier jusqu’à la fin des années 80 et l’abolition de l’apartheid, avec des évolutions en cours de route : concernant le « cinéma documentaire », il sera de plus en plus pratiqué par des réalisateurs sud-africains, au point de constituer une sorte de tradition dans le prolongement du mouvement anti-apartheid des années 70 ; de son côté, le cinéma de l’apartheid s’est effondré pour laisser progressivement la place à un cinéma de fiction explicitement critique à l’égard du régime ou décrivant plus directement l’histoire sud-africaine. Les liens avec les autres pays anglophones restent importants et les influences anglo-américaines demeurent. Cependant, la restructuration de cette industrie, qui a été engagée dans les années 90, a aussi conduit à la mise en place d’accords de coproductions avec la plupart des pays du monde disposant d’une industrie cinématographique, notamment avec les pays européens et la France. Parallèlement à cela, l’Afrique du Sud s’est attachée à diffuser un certain nombre de ses films au niveau international. Ainsi a-t-on pu voir des films sud-africains dans des salles françaises depuis une dizaine d’années : citons, entre autres, Drum (2004) de Zola Maseko, U-Carmen e-Khayelitsha (2006) de Mark Dornford-May ou Tsotsi (2005) de Gavin Hood. Concernant le continent africain, même si des liens et une volonté politique existent, peu de choses relient pour l’instant l’industrie sud-africaine et les institutions africaines en charge du cinéma et de l’audiovisuel. Un accord de coopération a toutefois été conclu entre la NFVF et le CNCA en Algérie. Les institutions espèrent aussi pouvoir développer des liens en Afrique francophone à travers les accords de coproduction qui existent avec la France (signés en mai 2004). D’une manière générale, ces accords visent à développer les liens avec des partenaires possibles sur le plan international, notamment en limitant certains risques inhérents à toute production et en s’ouvrant à d’autres marchés. La coproduction comporte aussi certains inconvénients – comme la perte d’une forme d’« authenticité » dans les films réalisés – mais les responsables sud-africains semblent surtout considérer qu’ils doivent rattraper un certain retard en la matière…

A suivre: les enjeux pour l’industrie cinématographique sud-africaine

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