ITW Samuel lelièvre #1: L’industrie cinématographique sud-africaine et ses financements.

Tout au long de la semaine, Samuel Lelièvre nous éclaire sur l’industrie du cinéma en Afrique-du-sud. Chercheur associé au CNRS, Samuel Lelièvre effectue notamment des recherches sur le cinéma et l’audiovisuel en Afrique du Sud. En 2002-2003, il a travaillé à l’University of KwaZulu-Natal (Afrique du Sud) en tant que Postdoctoral Fellow et boursier du programme Lavoisier du Ministère français des Affaires Etrangères et de la National Research Foundation (Afrique du Sud).

Comment est née l’industrie cinématographique sud-africaine ? Que représente-t-elle aujourd’hui dans l’économie nationale ?

Samuel Lelièvre : Le cinéma est apparu assez tôt en Afrique du Sud, d’abord à travers la diffusion de films anglais et américains, puis, après Die Voortrekkers (Harold M. Shaw, 1916), une industrie s’est progressivement mise en place jusqu’à être instrumentalisée par le régime d’apartheid… Pour ce qui est de la situation actuelle, il est clair que cette industrie est considérée comme importante, voire comme stratégique, pour l’économie sud-africaine. Pour reprendre les termes utilisés par les décideurs, elle est considérée comme un catalyseur « pour la création d’emplois et la croissance économique » au sein des nouvelles politiques mises en place depuis 2010 (« New Growth Path »). Ces enjeux économiques restent malgré tout difficiles à évaluer. En effet, cette industrie est, d’une part, rattachée à une « économie du divertissement » (estimée à 12 milliards de rands en 2008), et, d’autre part, elle fait plus ou moins appel à tous les autres secteurs de l’économie du pays. Il faut inclure ici la volonté d’attirer des productions étrangères – quelque chose d’assez répandu pour le tournage de spots publicitaires mais que les responsables du secteur voudraient développer davantage concernant le cinéma de fiction – et le lien avec l’industrie du tourisme. Finalement, cette industrie sud-africaine du cinéma revêt une valeur symbolique importante non seulement parce qu’elle reflète la diversité des expressions artistiques et culturelles mais aussi en donnant au monde une image d’un pays souvent mal connu à l’étranger ou par trop associé à l’histoire de l’apartheid… Les politiques dans ce domaine sont, d’un côté, de permettre un développement économique (et industriel) qui soit en phase avec le développement en général du pays lui-même et, d’un autre côté – mais dans le prolongement du premier point – de s’appuyer sur ce qui a été construit au cours du 20ème siècle – ce qui induit davantage ici l’idée d’une restructuration d’une industrie trop impliquée dans le régime d’apartheid. Tout l’enjeu, en résumé, est de concilier les aspects de « développement » au sens économique du terme (générateur de revenus, d’emplois etc.) avec un « développement » au sens sociopolitique du terme – être dans la construction et une contribution à une société ouverte allant « naturellement » dans le sens d’un « développement humain » et incluant, que l’on se situe dans un cadre libéral limitant le rôle de l’Etat ou plus socio-démocrate et interventionniste, un « développement économique ».

Quels sont les principaux modes de financement des films en Afrique-du-sud? Qu’en est-il de la pérennité de ces financements ?

SL : Les sources de financements sont très variées car relatifs à la diversité des projets ayant été conduits et qui continuent d’êtres conduits en Afrique du Sud. Ainsi existent-ils de nombreuses sociétés de production – principalement dans les provinces du Gauteng et du Western Cape. Nombres de professionnels travaillent dans le domaine de l’audiovisuel (télévision et publicité) afin de pouvoir financer ou conduire des projets plus personnels à côté. Sur le plan institutionnel, néanmoins, la National Film and Video Foundation (NFVF) est l’organe qui a été mis en place afin de répondre aux besoins en la matière. A l’origine, il s’agissait surtout de sortir de l’ancien système de soutien au cinéma (notamment le système de subventions) et à l’audiovisuel et d’en mettre en place un autre qui corresponde aux besoins et exigences de l’ère post-apartheid. Tout en ayant un rôle de soutien à la production cinématographique et audiovisuelle, la SABC joue un rôle important en tant qu’employeur pour beaucoup de professionnels de cette industrie. Les financements provenant de la NFVF sont les plus pérennes au sens que c’est le rôle de cette institution que d’apporter un tel appui. Mais elle ne peut répondre à tous les besoins, et, d’autre part, elle reste soumise à des politiques publiques et à des décisions gouvernementales, dans un contexte économique et social actuellement très difficile. La signature d’accords internationaux de coproduction entre dans une même stratégie de recherche d’autres sources de financement.

A suivre: L’impact de l’Apartheid sur l’industrie du cinéma.

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